Le calvaire et la libération.


On ne donnait pas cher des chances françaises au lendemain la triste défaite contre le Japon. Face aux Bleus, ceux que l’on a coutume de considérer comme la plus grande équipe du monde : la Roja, subtil mélange entre l’effectif de deux des meilleures équipes du monde. Les statistiques n’étaient pas en faveur des Français qui restait de plus sur une défaite peu glorieuse en quart de l’Euro. En connaissance de cause, Deschamps avait fait son choix : mettre en place une équipe défensive, rigoureuse, combative mais qui attendrait le miracle pour s’imposer. Résultat, il n’aura pas fallu trente minutes aux Espagnols pour ouvrir la marque après avoir confisqué le ballon à des Bleus bien tendres.

Errements défensifs et volonté de perdre la balle.

Il faut en parler de ce but, l’analyser, le décrypter. Parce que tout porte à croire que l’ouverture du score n’aurait pas dû arriver si tôt, car en face l’Espagne est avant tout une équipe dangereuse dans le jeu mais beaucoup moins sur coup de pied arrêté. Le danger paraissait unique : Sergio Ramos. Alors évidemment, on met au marquage le robuste Sakho, capable de le bousculer dans les airs. Oui, sans doute, mais à condition qu’il arrive à temps sur le ballon, et qu’il ne se fasse pas manger comme un Bleuet par un écran de Busquets. Le poteau nous sauve sur la tête de Ramos, pour mieux nous faire voir combien notre défense n’est pas rentrée dans son match. Tout le monde se regarde, personne n’y va vraiment et on oublie totalement le marquage. Il faudra que Lloris hurle pour que Sakho se rappelle de l’existence du défenseur espagnol, seul à quelques mètres du but. Trop tard.

Puisque j’en suis à accabler la défense sur cette première période, il faut voir que l’ensemble de l’équipe n’a pas pris la mesure de l’évènement sur cette mi-temps au moins. Les espagnols ont beaucoup utilisés l’aile gauche, preuve que Menez est bien incapable de se sacrifier pour défendre. Et lorsqu’il tombe sur un Jordi Alba intenable, l’équipe prend l’eau et surtout Debuchy. Ce dernier n’a pas cessé de se faire déborder, complètement dépassé par les offensives répétées du jeune latéral barcelonais. Et Koscielny a couvert, inlassablement et bien maladroitement. Jusqu’à cette faute qui paraissait inévitable. Penalty. Là le match parait plié tant l’équipe est incapable de produire du jeu et tant Fabregas semble sûr de lui. Mais Lloris était là. Il prouve qu’il est un grand gardien, bien loin de sa prestation japonaise. Il a rassuré, et puis il a été décisif. Les grands joueurs dans les grands matchs, voila de quel monde il est.

Puis la mi-temps est venu calmer notre agacement grandissant. Là c’est le moment où on rumine sur notre sélection de bras cassés. Sur un milieu de terrain inexistant, avec un Gonalons ridicule dans la transmission du ballon, et un Cabaye que je ne saurais trop juger puisqu’il a été tout bonnement invisible sur la période. Je pense à ce moment que l’on battait un record de transmissions ratés, rien ne passait. Là on s’affole presque pour l’avenir du football français car rien ne va, les Bleuets et les Bleus, même combat. Puis le discours de Deschamps change la donne et le visage des Bleus.

A mort le 4-3-3, place au 4-2-3-1.

Après quelques minutes d’observations, le second acte prend son envol. Le sélectionneur français se risque (enfin) à faire bouger son collectif. Gonalons, bien décevant ce soir, cède sa place à Valbuena. Clairement, ce joueur n’est pas un génie, mais il a le sens du jeu et affiche une réelle motivation. Ca nous change ! Et là, le bloc français remonte, trouve les espaces, et commence à jouer au football. Ribery s’enflamme, montre enfin un visage qui ressemble un peu plus à celui que l’on peut voir lorsqu’il joue outre-Rhin. Il dynamise le jeu, et offre beaucoup de ballons à Benzema. Et ce dernier n’en fait pas grand chose, malheureusement.

Là c’est le moment où je me demande qui a bien pu l’appeler Benzegoal un jour, et qu’est ce qui fait qu’un joueur si brillant à Madrid est incapable d’être un vrai attaquant avec nous ? Alors on va me dire, oui, mais il pèse sur l’attaque à défaut de marquer. Sauf que justement, il est le seul en position de le marquer, et il faudrait qu’il s’attèle du coup un peu plus à cette tâche. Parce que quand on décide de le faire jouer avec un attaquant à ses côtés, il est incapable de lui faire une passe. Là, seul en pointe, il est incapable de marquer. A quoi sert-il ? Sans doute est-il un véritable leader technique, mais on attend plus de lui, il doit se montrer à la hauteur y compris sous le maillot bleu. Au moins, il s’est montré volontaire et généreux dans l’effort. C’est moindre mal.

L’aile gauche française s’est montré très satisfaisante. D’abord, parce qu’Evra a enfin tenu son rang à la fois défensivement et sur ses montées, et puis parce que Ribery a mis le feu. Sans arrêt. Un fait de jeu qui est passé relativement inaperçu, c’est la sortie d’Arbeloa qui jusque là avait contenu Kaizer Franck. Juanfran a souffert, énormément, jusqu’à nous offrir le ballon de contre à la dernière minute. Ce fait de jeu a libéré notre attaque. Deschamps rééquilibrait son effectif en sortant Menez, jamais dans son match hier, pour offrir du temps de jeu à Moussa Sissoko. L’équipe a pris une toute autre dimension. Il a bien mieux contenu Jordi Alba, et l’équipe a récupéré les ballons beaucoup plus haut. Les espagnols étaient étonnamment fébrile dans le jeu, ils ne créaient plus grand chose et se montraient maladroits un peu partout.

Là les Bleus se sont mis à pousser. A l’image de Blaise Matuidi, impressionnant dans la récupération. Les actions s’enchainent. Menez est trop court, Benzema rate un but à sa portée, Sissoko dévisse. Et puis on se dit qu’on retiendra une équipe un peu mieux mais que le score en restera là. Que les Français n’auront pas su profiter de la suffisance des joueurs de la Roja. Trois minutes d’arrêts de jeu, corner à la 93ème. L’arbitre va siffler, l’EdF s’incline donc avec mérite. Mais non, il laisse le contre se poursuivre. Juanfran, un peu audacieux sur le coup, se fait reprendre par Evra, Sissoko chevauche le terrain et met sur orbite Ribery. Le Munichois fait le bon geste, et centre sur un Olivier Giroud qui s’est démarqué. A la réception, il est seul, le coup est parfait. Juste dans le tempo. Imparable. La France égalisé sur le gong, et s’offre un point somme toute plus que mérité

Et si on commençait par la seconde période ?

Alors oui, le bilan voudrait que l’on retienne surtout la seconde période. Celle d’un maillot bleu porté avec talent et audace, celle d’une combativité retrouvée, celle d’une Espagne à court de souffle et moins dominatrice. Mais pour cela il faudra que les Bleus gomment les difficultés de la première mi-temps. Qu’ils soient capables d’aller plus vite, plus tôt et qu’ils n’arrivent plus face à l’Espagne avec la tête basse et l’envie d’un 0-0. Il faut les provoquer, aller les presser, être assez rugueux et vif. La première mi-temps est un stéréotype de l’équipe venu pour le nul, bien ordonné, mécanique. Mais sans aucune passion. Ca transpire la vidéo, les calculs savants et les préjugés sur des joueurs soient disant imbattables. Oublions la première période. Commençons par la deuxième. Celle de l’émancipation, du plaisir, du jeu. Celle de potentiels qui s’animent, qui compensent leur déficit technique par une envie débordante. Ne gardons que le principal. L’équipe de France a joué au football, et plutôt bien même. L’équipe dispose de joueurs indéniablement talentueux, pour certains encore très jeunes. Pour tout cela hier, le football français a redoré son blason. Au moins un peu.

Publié le 17 octobre 2012, dans Et si le vrai foot c'était ça ?, Sélections, et tagué , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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