Le foot aux mains des supporters : une alternative crédible ?


Et si les plus grands clubs de football étaient gérés par leurs plus fervents supporters ? Cette idée, qui parait illusoire, est pourtant déjà en vigueur dans deux des plus grands clubs du monde : le Real Madrid et le FC Barcelone. Ce modèle d’une gestion par les socios est souvent idéalisé et méconnu et ne s’applique réellement aujourd’hui qu’en Liga. La première question est donc de savoir si c’est un modèle transposable, par exemple dans notre Ligue 1. Et si face à la montée d’un foot-business, une telle solution permettrait de rendre ses attaches populaires à notre beau football.

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Un processus démocratique et responsable.

On dénombre quatre clubs principaux étant dotés d’une structure aux mains des supporters : les deux géants cités précédemment, ainsi que l’Athlétic Bilbao et le club d’Osasuna. Le fonctionnement en est très simple : un nombre limité de socios versant un droit d’entrée puis une cotisation annuelle, avec un homme égal une voix lors de l’élection du président du club qui sera choisi parmi ce groupe. En ce sens, tout adhérent prend part à la politique du club, soit en élisant celui qui le présidera, soit en tentant lui même de se faire élire. Ils disposent en plus de nombreux privilèges au stade : de la simple réduction sur les places à la possibilité de réserver dès le début de saison des sièges pour n’importe quel match.

Mais il faut distinguer deux types possibles de prise de participation des supporters. D’une part ce groupe qui a le pouvoir d’élection, et de l’autre des coopératives financés par les supporters qui vont ainsi prendre des parts dans le capital du club. Il y a donc, d’un point de vue juridique, une réelle distinction. Pour faire simple, on ne va pas faire appel aux socios madrilènes pour financer le transfert de CR7. Le président va chercher des fonds auprès des banques, pas dans la poche de ces derniers. Dans l’autre modèle, celui de la société anonyme, le président-directeur va faire appel à ses actionnaires, dont notre coopérative, pour s’offrir une manne financière supplémentaire. L’intérêt est, qu’à l’inverse des socios, la prise de participation peut être rémunératrice (pour peu qu’on considère qu’un club puisse avoir des retombées financières positives) et peut même être totale si jamais une de ces coopératives de supporters parvenaient à devenir l’actionnaire majoritaire.

Socios : de fantastiques résultats mais un modèle difficilement exportables.

En regardant le palmarès de Barcelone ces dernières années, on comprend qu’il est le plus grand club actuel. Celui qui domine le football mondial sans contestation, si ce n’est celle du Real Madrid ponctuellement. Si on ajoute à cela le très bon périple européen et la qualité du jeu de Bilbao, on en viendrait à penser que c’est la solution idéale pour gagner. Toutefois, il est nécessaire de comprendre que le cas de ces clubs espagnols ne peut s’appliquer qu’en Espagne et qu’il est peu importable par les autres pays.

Le modèle socios n’est pas celui des actionnaires, il n’y a pas de recours au marché financier, il faut donc un soutien bien plus fort de la part des banques. Or les banques espagnols sont prêteuses aux clubs, et l’Etat assez peu regardant sur la santé économique de ses deux géants. Ces deux clubs sont d’ailleurs les plus endettés de la planète football, et le déficit représente plus du milliard d’euros. La royauté espagnole avait pourtant fait annulé une partie de la dette du Real Madrid au début des années 2000. En France et ailleurs, les banques et les autorités n’ont pas forcément cette souplesse. Ce modèle bancal repose sur l’élection d’un homme influent à l’image de Florentino Perez qui, du haut de sa stature tant politique qu’économique, arrive à obtenir des prêts énormes. Le jeu est alors déformé : on ne peut pas élire n’importe qui. Tout supporter, aussi volontaire soit-il,  ne peut pas prendre le contrôle. Il faut quelqu’un capable de faire flancher les banques. Le pouvoir reste donc aux mains des influents.

D’autant plus que ces clubs sont de véritables institutions, ancré sur un fort attachement de la population locale au club. C’est une chose qui n’a pas d’équivalent sur le territoire français, exception faite peut être de l’OM. Les supporters n’ont pas la ferveur parce que les clubs français ne s’inscrivent pas dans un patrimoine propre. Bilbao, par exemple, n’utilise que des joueurs basques, la population s’identifie donc clairement à cette équipe. Comme une vitrine sur le monde. On est très loin de ne voir que des joueurs corses à Bastia, ou des bretons à Brest. La culture socios n’est donc pas franchement exportable à la culture française bien moins régionalisée.

Les coopératives de supporters : une goutte dans l’océan.

Revenons donc à l’autre modèle de gestion par le public, celle des coopératives, celle des prises d’actions au sein du club.  Cette idée qui s’est développé en Grande Bretagne, qui a été soutenu par les autorités locales, est en plein essor sur le continent européen. Les supporters se regroupent, mettent en commun de l’argent, et achètent des parts du club. Ils deviennent donc propriétaire à 1, 2, 5 ou 10 %. On comprendra que chacun peut difficilement engloutir toutes ses économies pour son club favori, et qu’aux vues des sommes colossales brassées par les clubs, il faudra un sacré nombre de supporters prêt à investir pour obtenir une part suffisante. Que faire lorsque vous représentez 1% du club ? Pas grand chose malheureusement.

C’est donc une double barrière : d’un côté un particulier ne peut pas investir suffisamment pour être influent, de l’autre il faut donc être beaucoup pour se faire entendre et dans ce cas comment accorder la volonté de dizaines de milliers de supporters. Dans l’Hexagone, par exemple, le projet des Socios PSG comptait quelques 1800 signataires au printemps dernier. De quoi amasser à peine 1,6 millions d’euros soit 3 mois du salaire d’un joueur comme Javier Pastore. Dérisoire. Face aux sommes folles du football, il est inenvisageable de voir les supporters capables de s’intégrer durablement à la gestion du club. Surtout lorsqu’ils apparaissent aussi volatiles lorsque les résultats chutent et lorsqu’il n’y a aucun profit à envisager.

Qu’en sera t’il à l’avenir ?

Le football reste toutefois le symbole d’une communauté. Celui d’un groupe capable de faire pression sur les dirigeants, de décrire ses envies et d’imposer ses choix. Un club recherche au fond toujours le soutien de ses fans de la première heure. Alors à la question le modèle d’une direction par les supporters est-il envisageable en France à court terme, je répondrais non.  Mais ce n’est pas pour autant que je pense que le football n’est pas dominé par ses supporters, il l’est pleinement. Comment expliquer sinon les résultats de Bastia à Furiani si ce n’est par l’atmosphère du public ? Comment expliquer encore le nombre d’entraineurs poussés à la porte lorsque les supporters sont mécontents ? Enfin, comment appréhender la venue d’Ibra au PSG si ce n’est pour susciter la curiosité des amoureux du football ? Le football ne vit qu’à travers ses supporters. Et c’est très bien comme ça !

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Publié le 26 septembre 2012, dans Divers, Et si le vrai foot c'était ça ?, Liga, et tagué , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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